Etant donné les mouvements sociaux du moment, Renaud en a profité pour ressortir Hexagone. C’est une chanson, interdite d’antenne en 1980 et écrite sous Giscard, qui dénonce la connerie des français. Pour ceux qui ne connaissent pas, je vous mets le texte car il faut dire qu’on a du mal à comprendre les paroles quand Renaud chante aujourd’hui en live. Il a fait de belles chansons et même si on ne l’entend pas trop, c’est un chanteur engagé. Je l’ai vu l’autre soir sur le plateau du Grand journal de Canal + et il avait de bonnes idées. Quand il est tombé amoureux, son grand passage culcul bobo me saoulait
Allez, lisez bien ces paroles, elles ont un goût de déjà vu et reflètent bien l’actualité et la réalité…
Hexagone (Renaud)

Ils s'embrassent au mois de janvier
Car une nouvelle année commence
Mais depuis des éternités
L'a pas tell'ment changé la France
Passent les jours et les se
Y'a qu'le décor qui évolue
La mentalité est la même
Tous des tocards, tous des faux culs
Ils sont pas lourds, en février
A se souvenir de Charonne
Des matraqueurs assermentés
Qui fignolèrent leur besogne
La France est un pays de flics
A tous les coins d'rue y'en a cent
Pour faire règner l'ordre public
Ils assassinent impunément
Quand on exécute au mois d'mars
De l'autr' côté des Pyrénées
Un anarchiste du pays basque
Pour lui apprendre à s'révolter
Ils crient, ils pleurent et ils s'indignent
De cette immonde mise à mort
Mais ils oublient qu'la guillotine
Chez nous aussi fonctionne encore
Etre né sous l'signe de l'hexagone
C'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment
Et le roi des cons, sur son trône
J'parierai pas qu'il est all'mand
On leur a dit, au mois d'avril
A la télé, dans les journaux
De pas se découvrir d'un fil
Que l'printemps c'était pour bientôt
Les vieux principes du seizième siècle
Et les vieilles traditions débiles
Ils les appliquent tous à la lettre
Y m'font pitié ces imbéciles
Ils se souviennent, au mois de
D'un sang qui coula rouge et noir
D'une révolution manquée
Qui faillit renverser l'histoire
J'me souviens surtout d'ces moutons
Effrayés par la liberté
S'en allant voter par millions
Pour l'ordre et la sécurité

Ils commémorent, au mois de juin
Un débarquement d'Normandie
Ils pensent au brave soldat ricain
Qu'est v'nu se faire tuer loin d'chez lui
Ils oublient qu'à l'abri des bombes
Les Français criaient: vive Pétain
Qu'ils étaient bien planqués à Londres
Qu'y'avait pas beaucoup d'Jean Moulin
Etre né sous l'signe de l'hexagone
C'est pas la gloire, en vérité
Et le roi des cons, sur son trône
Me dites pas qu'il est portugais
Ils font la fête au mois d'juillet
En souv'nir d'une révolution
Qui n'a ja
La misère et l'exploitation
Ils s'abreuvent de bals populaires
D'feux d'artifice et de flonflons
Ils pensent oublier dans la bière
Qu'ils sont gourvernés comme des pions
Au mois d'août c'est la liberté
Après une longue année d'usine
Ils crient : "Vive les congés payés"
Ils oublient un peu la machine
En Espagne, en Grèce ou en France
Ils vont polluer toutes les plages
Et, par leur unique présence
Abîmer tous les paysages

Lorsqu'en septembre on assassine
Un peuple et une liberté
Au coeur de l'Amérique Latine
Ils sont pas nombreux à gueuler
Un ambassadeur se ramène
Bras ouverts il est accueilli
Le fascisme c'est la gangrène
A Santiago comme à Paris
Etre né sous l'signe de l'hexagone
C'est vraiment pas une sinécure
Et le roi des cons, sur son trône
Il est français, ça j'en suis sûr
Finies les vendanges en octobre
Le raisin fermente en tonneaux
Ils sont très fiers de leurs vignobles
Leurs côtes-du-rhône et leurs Bordeaux
Ils exportent le sang de la terre
Un peu partout à l'étranger
Leur pinard et leur camembert
C'est leur seule gloire à ces tarés
En novembre au Salon d'l'auto
Ils vont admirer par milliers
L'dernier modèle de chez Peugeot
Qu'ils pourront ja
La bagnole, la télé, l'tiercé
C'est l'opium du peuple de France
Lui supprimer c'est le tuer
C'est une drogue à accoutumance
En décembre, c'est l'apothéose
La grande bouffe et les p'tits cadeaux
Ils sont toujours aussi moroses
Mais y'a d'la joie dans les ghettos
La Terre peut s'arrêter d'tourner
Ils rat'ront pas leur réveillon
Moi j'voudrais tous les voir crever
Etouffés de dinde aux marrons

Etre né sous l'signe de l'hexagone
On peut pas dire qu'ça soit bandant
Si l'roi des cons perdait son trône
Y'aurait 50 millions de prétendants
